Zeelenberg : « Jorge est prêt à rester et c’est une priorité pour Yamaha »

jeudi, 7 août 2014

Wilco Zeelenberg, team manager chez Movistar Yamaha MotoGP, s'est confié à OffBikes.com pour parler de son rôle de team manager, de sa collaboration avec Jorge Lorenzo ainsi que de l'avenir de ce dernier.

Dans le cadre d'un nouveau dossier consacré aux « Métiers du Paddock », OffBikes vous propose une première trilogie d'interviews consacrée à la fonction difficile mais capitale de team manager. Qui de mieux placé que ces chefs d'équipe eux-mêmes pour expliquer l'étendue de leurs attributions ?

Premier d'entre eux, Wilco Zeelenberg, team manager de l'équipe officielle Yamaha travaillant aux côtés de Jorge Lorenzo, dont il explique notamment les difficultés de début de saison, sans oublier de répondre à la question brûlante d'actualité : qu'envisage-t-il en cas de départ du Majorquin ?

Vous travaillez en collaboration avec Jorge Lorenzo et Yamaha depuis quelques saisons, pouvez-vous nous en dire plus sur votre métier ? 

« En MotoGP, il y a de très grosses équipes avec beaucoup d'employés. En moyenne, il y a 50 personnes qui travaillent dans l'objectif de faire en sorte que deux pilotes soient les plus rapides sur le circuit. Chacun des membres du staff possède une description précise de son travail. Mais en tant que team manager, je n'en ai pas réellement. Il est important d'avoir de l'expérience pour comprendre toutes les situations du paddock, des pilotes ou des motos. Je pense que c'est l'un de mes points forts puisque j'ai évolué longtemps dans le paddock en tant que pilote. Avant d'être impliqué en MotoGP, j'ai acquis de l'expérience sur le plan technique en étant coordinateur technique pour Yamaha Motor Europe. J'ai ensuite été team manager en Championnat du Monde Supersport durant deux ans, toujours avec Yamaha. J'ai ainsi obtenu l'expérience nécessaire en ce domaine. Depuis la fin de ma carrière de pilote, j'ai toujours travaillé en collaboration avec Yamaha. C'est une chose importante dans la compréhension de la structure de la compagnie ou encore de la philosophie Yamaha. C'est une structure japonaise qui possède un style différent du style européen et auquel il faut être habitué. »

En quoi consiste exactement votre fonction, quel est votre quotidien dans l'équipe ? 

« Fondamentalement, de par mon apprentissage acquis sur l'ensemble de ma carrière, il est plus facile pour moi de comprendre le pilote. Mon objectif sur chaque course est d'ajouter une plus-value à l'équipe en termes de performance, et ce en tirant toutes les ‘ficelles’ auxquelles j'ai accès. Tout d'abord, je joue en quelque sorte le rôle d'interface entre le pilote et le reste de l'équipe. Nous travaillons avec d'excellents techniciens, une moto performante et des pilotes de talents mais lier l'ensemble n'est pas si facile. Sur le plan de la communication, je comprends les ressentis du pilote, ce dont il a besoin pour arriver à les expliquer ensuite différemment pour chacun des membres de l'équipe. Dans ce domaine, je suis donc impliqué sans être le preneur de décision puisque l'équipe est composée de personnes compétentes capables de prendre les bonnes décisions, notamment Ramon (Forcada, NdR) ou Marelli, notre ingénieur télémétrie, et de les appliquer parfaitement. Au fur et à mesure, la communication s'effectue de mieux en mieux et seuls quelques mots voire de simples signes de tête suffisent. »

« Durant les séances, je suis en bord de piste. En tant que pilote, vous pouvez tout ressentir de vous-même mais il est très difficile de porter un jugement sur les autres pilotes. Si vous êtes assez bon durant un week-end, il est parfois difficile de le savoir en analysant uniquement les chronos. La façon dont les autres pilotent, leur position sur la moto, leur langage du corps me permettent de déterminer s'ils sont détendus, à la limite ou en difficulté. Sur certaines parties du circuit, il est possible de savoir si la moto glisse ou part en roue arrière ou encore de savoir s'il y a trop ou pas assez de traction control. Depuis le bord du circuit, je peux voir et écouter. Cela permet de faire sentir au pilote qu'il est en quelque sorte ‘sous contrôle’ et de lui faire comprendre qu'il n'est pas le seul à piloter une moto. Je l'aide aussi à déterminer les secteurs du circuit sur lesquels il perd du temps en observant et regardant les temps depuis mon téléphone directement. » 

Le début de saison a été difficile pour Jorge, êtes-vous présent pour l'aider à supporter ces moments difficiles ? 

« Nous essayons. C'est difficile, car il a son talent et ses compétences mais il est très facile de perdre le fil et d'être frustré. Dès le début de la saison, il voulait, et était en mesure d'aller très vite mais il n'a pas pu. Dans ces moments, vous avez besoin de comprendre que si vous allez trop loin parce que vous savez que vous en avez les possibilités, alors la chute est inévitable. Plus vous insisterez, plus vous chuterez et serez à la merci de blessures éventuelles. » 

« Dans ce domaine, nous avons réussi à gérer la situation puisque il n'a pas chuté. Il n'a pas réalisé de très bonnes courses mais il n'a pas chuté, excepté au Qatar où il a commis une erreur. Il menait, mais nous étions en difficulté avec les pneus et plus précisément avec l'adhérence sur l'angle. L'adhérence sur l'angle est réduite et c'est justement un point sur lequel il est très bon : il aime pencher sa moto et aller très vite sur l'angle. Les limitations sur la moto sont devenues de plus en plus claires et plutôt que d'améliorer le passage en courbe, nous avons essayé d'améliorer le freinage. Ce n'était pas si évident la saison dernière puisque l'adhérence et le passage en courbe ne nous obligeaient pas à améliorer le freinage. Expliquer les points qui posent problème et essayer de travailler ensemble afin de trouver un moyen de revenir au niveau auquel il devrait être est bien sûr le processus à suivre. Pas seulement sur une séance ou une course, puisque je pense qu'il était déjà revenu au niveau à Jerez. Au Mans, il a réalisé de bons essais mais il n'était pas encore pleinement en contrôle de la moto en course. » 

En début de saison, Jorge a confié ne pas être à 100% de sa condition physique, comment s'explique ce phénomène ?

« C’est aussi lié au manque d'adhérence, qui l'oblige à lutter beaucoup plus durant une course, et au fait que physiquement, il est devenu plus lourd que ses rivaux. Si vous pouvez piloter et contrôler la moto comme vous le voulez, alors la course devient faisable. Au contraire, si vous êtes tendu ou si vous avez parfois peur, si vous vous posez trop de question du type 'suis-je en mesure de stopper la moto ?', 'suis-je capable de pencher la moto ?', alors vous mettez votre corps en tension, vous êtes crispés, vous sollicitez plus vos muscles et vous consommez beaucoup plus d'énergie. C'est dans ce genre de cas que vous en arrivez à la conclusion que pour contrôler cette moto, vous n'avez pas la condition physique optimale. Vous voyez ce que je veux dire ? »

« La moto n'a pas beaucoup changé mais nous avons été en mesure de nous améliorer dans certains domaines afin de retrouver confiance en la moto et de retrouver progressivement vitesse et régularité. Ce sont les astuces que nous utilisons pour qu'il retrouve son mojo. »

Nous avons pu vous apercevoir en train d'assister quelques pilotes de la Red Bull MotoGP Rookies Cup, quels conseils leurs donnez-vous ? 

« Il y a deux pilotes hollandais qui évoluent en Red Bull MotoGP Rookies Cup et je suis intéressé par leur évolution. J'en connais un des deux, Bensneyder, puisqu'il est de ma région. Nous faisons de temps en temps du sport ensemble. J'essaie de trouver le temps de les aider mais il est parfois impossible de le faire, j'ai un autre métier à temps plein. J'essaie simplement de les écouter, de leur donner un peu d'attention ou de les détendre un peu afin qu'ils puissent apprécier le fait de piloter une moto et de participer à une course. J'espère que cela les aide un peu mais je ne suis pas là pour rentrer dans les détails techniques ou les pousser dans telles ou telles décisions parce que je ne connais pas ces motos. Je pourrais les faire profiter plus de mon expérience, mais je souhaite juste les aider à profiter de la leur. »

En 2016, le MotoGP va changer drastiquement avec un nouveau règlement, que pensez-vous de ce changement pour l'avenir de la catégorie ? 

« Tout d'abord, je pense qu'il est très difficile de conserver un championnat compétitif. Ce que nous voyons aujourd'hui, avec simplement quelques changements, offre déjà des courses plus spectaculaires : le pneu tendre par exemple. Beaucoup de pilotes sont dorénavant capables de réaliser de très bons tours durant les essais. Évidemment, en course, c'est une histoire différente puisqu'au bout du compte, ce sont toujours les meilleurs pilotes qui restent aux avants-postes et se battent pour le podium. Je pense que c'est une bonne chose car c'est plus serré, mais je pense aussi qu'il serait facile de perdre le fil à nouveau. Avec la règle Open et l'électronique, rien ne changera puisque Honda et Yamaha conserveront leur propre stratégie. Tout le monde apprendra de ce nouveau règlement dans quelques années mais aura besoin de décider de sa propre voie : le système marchera sur une Honda mais pas sur une Yamaha parce que les moteurs et le châssis sont différents. De plus, nous allons avoir de nouveaux pneus avec l'arrivée de Michelin. Beaucoup de choses vont changer et continueront de faire vivre cette catégorie et ce championnat. »

« Aujourd'hui, nous avons une grille pleine et c'est important. Nous devons regarder le passé et apprendre de nos erreurs, réaliser que nous avons parfois dépensé beaucoup d'argent pour pas grand chose, et avancer dans les meilleures conditions possibles. Tout le monde doit trouver le moyen de faire son maximum, même si ce n'est pas simple. C'est un grand spectacle auquel Honda, Yamaha et Ducati et prochainement Suzuki ont envie de participer. C'est le mieux pour l'avenir. » 

Dans l'éventualité où Jorge quitterait un jour Yamaha pour un autre constructeur, le suivriez-vous ? 

« Je ne peux pas donner de réponse à cette question, il est encore un peu tôt. Je suis un homme de Yamaha et je travaille pour la compagnie depuis maintenant 13 ans. Ma première intention est de garder Jorge chez Yamaha. C'est une priorité pour Yamaha de garder Jorge, et Jorge est prêt à rester, mais nous verrons bien au moment venu. » 

Propos recueillis par OffBikes.com

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