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Cecchinello : "Le potentiel de Bradl est bien là"

Lucio Cecchinello et LCR Honda font partie des incontournables dans le paddock MotoGP™. Basé à Monaco, LCR est une petite équipe composée de véritables passionnés qui consacrent leur vie au sport.

Lucio Cecchinello découvre les motos dès le plus jeune âge mais démarre sa carrière sur le tard parce que ses parents insistent pour qu'il termine le lycée avant de s'aventurer sur les circuits. A 19 ans, l'Italien fait ses débuts en compétition dans une catégorie dédiée aux machines de série, sur une Honda NS125R, et arrive en Grand Prix en 1993, lorsqu'il a déjà 23 ans. Il fait un pas en arrière pour remporter le Championnat d'Europe, sur la Honda RS125 du team Pileri, en 1995, et revient en Grand Prix l'année suivante. Il décroche sa première victoire en GP en 1998 et s'impose à sept autres reprises avant de mettre fin à sa carrière en 2003, après avoir principalement couru sur des Honda RS125.

Mais à côté de sa carrière de pilote, Cecchinello était aussi propriétaire et manager de son propre team, Lucio Cecchinello Racing (LCR), qu'il avait fondé en 1996 et qu'il fait progressivement passer de la catégorie 125cc aux 250cc puis en MotoGP. LCR travaille avec de nombreux talents dont Casey Stoner (qui fait ses débuts en GP avec LCR en 2002), Randy de Puniet, Alex de Angelis, Nobby Ueda, Carlos Checa, Toni Elías et finalement Stefan Bradl, le Champion du Monde Moto2 2011, qui pilotera la nouvelle RC213V 1000cc du team LCR cette année.

LCR entretient également une excellente relation avec le HRC depuis 2006, date de l'arrivée du team en MotoGP, avec Stoner.

Durant ta carrière de pilote, tu occupais aussi d'autres fonctions…
"J'ai commencé à courir un peu tard parce que mes parents voulaient que je termine le lycée. Lorsque j'ai remporté le Championnat d'Europe en 1995, j'avais déjà 26 ans et lorsque je suis revenu en Grand Prix l'année suivante, j'ai réalisé que j'étais déjà vieux ! J'ai donc beaucoup réfléchi et j'ai pris la décision d'investir l'argent que j'avais gagné dans mon propre team."

"L'une des raisons qui ont motivé ma décision est que le paddock des Grands Prix est un lieu extraordinaire, c'est un merveilleux environnement, je ne voulais pas le quitter et la meilleure façon d'y rester était de lancer mon propre team. Je voyais déjà loin."

Est-ce que c'était difficile d'être pilote et manager en même temps ?
"Je n'ai aucune honte à admettre que durant ma carrière, j'ai couru contre certains pilotes qui avaient beaucoup plus de talent, et que j'essayais donc de compenser en m'appliquant à mon travail et à mon entraînement. J'ai commencé tard et j'avais déjà presque trente ans lorsque je devenais compétitif. A cet âge-là, on pense différemment. Disons qu'on aborde les risques d'une manière différente, c'est dans la nature humaine. En même temps, je dirigeais mon team et j'avais donc beaucoup de choses à gérer à côté des courses, ce qui demandait beaucoup d'énergie. Peut-être que j'aurais pu remporter plus de courses si je n'avais pas été aussi préoccupé mais j'ai de toute façon fait de mon mieux."

Comment se passe votre collaboration avec Stefan Bradl ?
"C'est difficile de donner un avis sur une personne après avoir passé aussi peu de temps ensemble. Lorsqu'on commence un nouveau projet, avec un nouveau pilote, c'est toujours très enthousiasmant, un peu comme une lune de miel ! Pour l'instant tout est fantastique et tout se passe très bien mais honnêtement, je suis surpris de travailler avec un pilote qui soit aussi intelligent et mature malgré son jeune âge. C'est aussi quelqu'un de vraiment bien."

C'est un pilote qui réfléchit beaucoup ?
"Oui. Jusqu'ici il a montré qu'il est très régulier. C'est aussi le genre de pilote qui une approche très intelligente. Il apprend étape par étape, il essaye de trouver les limites de la moto en apprenant d'abord comment elle fonctionne puis comment elle réagit. Il prend son temps pour s'adapter au MotoGP mais le potentiel est bien là."

LCR a eu une saison très dure en 2011.
"Oui, l'an dernier nous étions loin de nos objectifs et de nos espérances. Le team était le même qu'avant, la moto était encore meilleure et nous avions Toni (Elías), qui venait de remporter le Championnat du Monde Moto2 et qui, avant ça, avait déjà eu de bons résultats en MotoGP. Nous pensons que les problèmes que nous avons rencontrés viennent de son poids et de son style de pilotage, il n'exerçait pas assez de pression sur les pneus."

Est-ce que piloter te manque encore ?
"Oui, ça me manque encore. Dans la vie, on traverse des âges différents. On joue d'abord avec des jouer, on découvre ensuite les joies du sport et si on a beaucoup de chance et suffisamment de talent, on entre dans un autre âge lorsque ce sport devient un travail. C'est quelque chose de fantastique, mais ça ne dure pas. A mon âge, monter sur une moto, juste pour avoir le feeling, l'adrénaline, l'émotion, est encore fantastique. Mais si je ne peux pas me fixer d'objectif, je préfère laisser ça à d'autres. Après avoir arrêté, j'ai piloté plusieurs fois et c'était dur à cause de ce sentiment profond. Disons que c'est comme faire l'amour avec l'amour de ta vie, avec une femme que tu aimes encore mais avec qui tu ne vois plus d'avenir."

A quand remonte la dernière fois que tu as piloté une moto de course ?
"C'était fin 2004, je testais nos 125 et 250. Je n'ai jamais piloté de MotoGP. Je suis évidemment curieux, j'adorerais essayer une MotoGP mais j'aimerais le faire comme il faut, pas juste pour quelques tours parce qu'on ne peut rien comprendre de cette façon. Je fais les choses comme il se doit ou je ne les fais pas. Un jour peut-être, je piloterai une MotoGP, mais pour l'instant j'ai d'autres priorités."

Et la période où tu étais mécanicien ?
"C'est mon père qui m'a fait découvrir le monde des motos. Il adorait les vieilles motos, il avait une belle collection, avec peut-être 300 motos, beaucoup de petites, comme une Garelli Mosquito, quelques Moto Guzzi et des Lambretta. Quand j'ai découvert les motos, j'étais fasciné par la technologie et je voulais être plus impliqué. J'adore préparer les motos, les restaurer, travailler de mes propres mains. Mon père m'a appris à utiliser les outils, j'ai ensuite rencontré des pilotes et je leur ai demandé si je pouvais travailler pour eux, gratuitement. J'ai commencé à travailler avec deux pilotes italiens, durant les vacances scolaires, puis avec le Team Italia. Au début je nettoyais les motos, le garage et je suis ensuite passé à l'entretien. En 1987 et 1988, juste avant que je commence à courir, j'ai fait plusieurs courses avec Corrado Catalano, aussi avec Alessandro Gramigni et une course avec Loris Capirossi lorsqu'il était dans le Championnat d'Europe."

Quel est ton meilleur souvenir de course ?
"La première victoire est toujours une émotion très spéciale. C'était à Jarama, en 1998, j'avais battu Marco Melandri. Ma première course aussi, en 1993, et mes premiers points, à Hockenheim en 1994. Mais après Jarama, ma plus grosse émotion a été le Mugello en 2003. C'était la deuxième piste où je courais après avoir commencé sur motos de série. Je me rappellerai toujours de mon arrivée à Mugello, c'est un endroit extraordinaire, immense, avec une piste sublime."

Tu as aussi eu beaucoup de belles batailles en 125cc.
"Oui, il y avait beaucoup de grands pilotes à l'époque, comme (Kazuto) Sakata, Ueda, (Dirk) Raudies, (Jorge) Martínez. C'était très dur de les battre. J'essayais toujours de compenser mon manque de talent mais finalement, à 33 ans, je pouvais dire que j'avais battu Stoner, Dani Pedrosa et bien d'autres ! J'ai une photo spéciale de cette course - je suis devant Stoner, Pedrosa, De Angelis et (Andrea) Dovizioso. C'est fantastique parce que ça veut dire beaucoup de choses, ça représente l'ancienne génération avec la nouvelle qui arrive. Après ça, mon coéquipier, Casey, commençais à me battre à chaque fois et j'ai réalisé qu'il fallait que j'arrête."

Quel est ton meilleur souvenir en tant que manager ?
"Décrocher la pole position dès notre première course en MotoGP, au Qatar, en 2006. Nous étions un nouveau team, avec un nouveau pilote et une nouvelle moto, et 'bang' ! Pole position ! J'étais au ciel ! Je touchais le ciel, c'était génial, fantastique !"

Et les débuts de Stoner en GP en 2002 ?
"Notre sponsor principal, Oxydo Safilo, voulait courir en 250cc et en 125cc. J'en avais donc parlé avec Dorna et l'IRTA, afin de savoir s'il y avait un jeune pilote qui méritait un guidon. J'ai ensuite discuté avec Alberto Puig et il m'a parlé d'un jeune pilote, qui avait alors 16 ans. Nous avons organisé un test à Jerez. Casey a tout de suite été rapide, il était à tout juste une seconde de Melandri sur Aprilia 250 d'usine. Nous avons tout de suite réalisé qu'il avait du potentiel ! Ça a été pareil lorsqu'il a essayé la Honda RC211V pour la première fois. Il a tout de suite été rapide. C'était la confirmation qu'il avait un talent très spécial."

Beaucoup de teams se sont engagés en CRT cette année, pourquoi avoir choisi de continuer sur prototype ?
"Chaque team a sa propre histoire. La nôtre, avec nos partenaires, repose sur notre collaboration avec Honda. Beaucoup de nos sponsors sont des entreprises de taille moyenne qui fabriquent des accessoires, comme Rizoma, Arrow, Givi, mais il y a aussi des entreprises plus importantes, comme Elf. Ils soutiennent tous LCR parce qu'ils travaillent en même temps avec Honda. Rizoma fait par exemple le guidon et les cale-pieds de notre moto, Givi aime nous soutenir parce que ça renforce leur relation avec les concessionnaires Honda. Si nous n'avions pas de prototype, Elf serait probablement la première entreprise à dire qu'ils ne sont pas intéressés. Toutes ces entreprises veulent être impliquées dans un projet de haut niveau technologique pour garantir leur image de marque."

Est-ce que les CRT sont l'avenir du MotoGP ?
"Les sports mécaniques traversent une période difficile. Il y a d'abord eu le départ des compagnies de cigarettes, qui avaient investi énormément d'argent dans ce sport. Il y a ensuite eu la crise économique, qui a réduit les bénéfices des entreprises et par conséquent les budgets alloués au sponsoring. Dans cet environnement, je crois que le sport a peut-être réagi trop vite et changé trop de règles. Dans cette situation, je pense qu'il faut prendre son temps et bien penser à ce qu'il faut faire. Notre sport ne peut pas perdre les constructeurs qui sont en MotoGP et j'espère que Dorna, la MSMA et la FIM vont trouver un règlement technique qui garantissent l'intérêt des constructeurs. Nous devons peut-être davantage penser aux gens qui achètent les motos de route. Nous devons créer une nouvelle vision, avec des règles techniques qui aident les constructeurs à vendre leurs motos de route."

"Globalement, le MotoGP est une belle réussite. Ça ne cesse de grandir sur l'échelle internationale, il y a énormément de potentiel en Asie du Sud-Est, les réseaux de télévision sont toujours intéressés, nous avons beaucoup de nouveaux circuits qui veulent recevoir une course, en Amérique du Sud, en Inde et aussi en Russie. Je pense que Dorna fait un excellent travail avec la télévision."

Que penses-tu de la RC213V ?
"Pour moi, c'est une oeuvre d'art. La RC213V est la meilleure moto qu'il m'ait été donné de voir, c'est un incroyable concentré de hautes technologies. Le dernier logiciel de contrôle du moteur est tout simplement incroyable. C'est une fantastique moto."

Quelle évolution vois-tu pour la catégorie Moto2 ?
"Je pense que nous arrivons à une phase de transition. Le Moto2 n'a pas besoin de garder des 600cc pour toujours. Je pense aussi que garder un constructeur unique - même si c'est actuellement Honda - n'est pas une bonne chose parce que ce n'est jamais bon de couper l'intérêt des autres constructeurs. J'aimerais donc que le Moto2 deviennent une catégorie avec plusieurs moteurs et qu'ensuite ce soit une catégorie deux cylindres, 500cc 4-temps. Ce serait beaucoup plus facile pour les constructeurs parce que les cylindres et les têtes de cylindre seraient les mêmes pour les trois catégories : quatre cylindres 1000cc, 500cc twin et des monocylindres 250cc. J'aimerais ensuite voir les constructeurs vendre des motos de série twin 500 à un bon prix, le marché européen s'effondre parce que les gens ne peuvent pas se permettre d'acheter une moto, même les 600 actuelles. Ce serait bien d'attirer d'autres constructeurs, KTM pourrait construire un 500 twin, Aprilia aussi."

Interview réalisée par Honda Racing

Tags:
MotoGP, 2012, LCR Honda MotoGP

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