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Dans les coulisses des Grands Prix avec Jacques Hutteau

Dans les coulisses des Grands Prix avec Jacques Hutteau

motogp.com vous propose cette semaine de découvrir plusieurs personnalités françaises du paddock MotoGP™, leurs activités et ce qu'ils pensent de la vie sur les Grands Prix.

Jacques Hutteau - Né le 17 Juin 1949, à Draveil (le jour du tout premier Grand Prix)

Ancien pilote de Grand Prix

Représentant et consultant technique pour Elf

Collaborateur pour Eurosport France et le magazine Sport Bikes

 

Quel a été ton premier contact avec le monde de la moto et comment as-tu démarré ta carrière de pilote ?

"Très jeune, j'ai toujours rêvé devant les motos même si paradoxalement, je m'intéressais un peu plus aux voitures et rêvais de devenir coureur automobile, mais je suis devenu coureur moto. A l'époque, il fallait avoir le permis de conduire pour participer à des compétitions et j'ai donc commencé à courir à 18 ans. J'ai couru pendant une dizaine d'années en France, à un petit niveau, et je rêvais en lisant dans les revues, les exploits des pilotes et notamment de Jack Findlay (actif en Grand Prix de 1958 à 1978), qui faisait tous les Grands Prix. A l'époque, les pilotes étaient des gitans et je rêvais de cette vie de liberté. En 1977, avec mon épouse, on avait un travail chacun, j'étais comptable de chantier, et puis on a tout arrêté pour partir à l'aventure et faire les Grands Prix."

"A cette époque je faisais déjà de la course en France, je faisais les Championnats nationaux mais je rêvais de partir sur les routes, d'avoir un petit fourgon ou une petite caravane, ma moto et puis ma femme évidemment. C'est donc ce qu'on a fait, on était partis pour une année et ça a duré dix ans. Dix ans de Grand Prix. Avant de commencer mes saisons complètes, j'ai couru mon premier Grand Prix à Charade, en 1972, c'était le Grand Prix de France. Je faisais ensuite des Grands Prix épisodiquement, notamment le GP d'Allemagne sur l'ancien circuit du Nürburgring, où l'on ne faisait que trois tours sur la grande boucle, sans trop savoir si on allait revenir ! Et puis en 1977 on a réussi à avoir un petit pécule pour partir. On avait décidé que ça valait la peine et on voulait absolument essayer. J'ai heureusement une épouse très compatissante, qui était non seulement passionnée mais qui aimait aussi vivre différemment, et on est donc partis sur les routes. On était partis pour une année et puis d'une année sur l'autre, on a réussi à tenir dix ans."

"A un moment donné, il a fallu arrêter d'une part parce que je prenais de l'âge, puis il y a aussi eu un changement de catégorie en 1988, puisque les 125cc devenaient monocylindres. Il fallait donc racheter une moto sans pouvoir vendre l'ancienne. C'était impossible parce que je n'avais pas d'argent et puis j'avais quand même déjà un certain âge à ce moment-là."

Au cours de ta carrière en Grand Prix, tu as couru sur des circuits historiques, qui ont disparu du calendrier, comme par exemple au Nürburgring, à Hockenheim, à Spa-Francorchamps… Quel est celui que tu as préféré ?

"J'ai eu la chance de courir sur d'anciens circuits, qui étaient néanmoins extrêmement dangereux, mais le jour où j'ai découvert le Mugello, c'était pour moi le plus beau circuit du monde. L'environnement est exceptionnel, la Toscane est l'une des plus belles régions d'Italie, mais il y a surtout le circuit, qui propose de tout, des virages rapides et des virages lents, une grande ligne droite pour montrer aux ingénieurs qu'ils ont bien travaillé… C'est pour moi l'un des plus beaux circuits. On a fort heureusement arrêté de courir sur les circuits les plus dangereux, où les seuls rails de sécurité étaient de simples bottes de paille posées devant les arbres. On gardait donc un oeil sur l'arbre en espérant qu'on ne finirait pas dessus et on gardait aussi toujours un doigt sur l'embrayage parce que les motos n'étaient pas fiables et qu'elles risquaient de serrer à n'importe quel moment. On a vu disparaitre beaucoup de copains parce que les circuits n'étaient pas sûrs, mais il y a heureusement eu beaucoup de travail de fait avec la Commission de Sécurité, avec Franco Uncini, avec Claude Danis de la FIM, pour rendre les circuits moins dangereux, avec en contrepartie des spectateurs qui sont de temps en temps relayés un peu loin de la piste, ce qui nuit au spectacle."

Tu arrêtes donc de courir en 1988 mais tu vas continuer cette vie de voyage pour travailler dans la paddock…

"En rencontrant Mike Trimby de l'IRTA, qui venait d'être créée. J'ai rencontré Mike Trimby, par pur hasard, dans un camping du sud de la France, où on n'avait rien à faire ni l'un ni l'autre. C'était un camping immense et on nous avait mis l'un à côté de l'autre, c'était le destin ! Je connaissais Mike de vue parce que je le voyais sur les circuits. Moi j'étais un petit pilote privé, on a engagé la conversation et il m'a dit qu'il allait avoir besoin de quelqu'un pour le seconder à l'organisation du paddock, dont il s'occupait tout seul à l'époque, alors qu'il était aussi secrétaire général de l'IRTA. A ce moment-là, je n'avais pas encore décidé mais je ne pouvais pas continuer à courir et puis l'idée a fait son chemin dans ma tête et j'ai commencé, en 1988, à être paddock manager. C'était parti pour une année, et ça a duré dix ans !"

"La vie de voyage continuait. Entre-temps on eu une petite fille, Noémie, qui fait de la photo et qui a d'ailleurs fait un très beau bouquin sur les pilotes de Grands Prix. Il a donc fallu, à un moment, que mon épouse arrête de me suivre pour que notre fille aille à l'école, et puis j'ai eu une opportunité de travailler chez Elf, grâce à laquelle je pouvais revenir beaucoup plus souvent à la maison. J'ai commencé chez Elf, ça a encore duré dix ans et à la dixième année je me suis demandé s'il fallait de nouveau changer ! En même temps, j'ai la chance de collaborer à la télévision avec Eurosport France, où je suis consultant pour les Moto2 et Moto3 avec Gilles Della Posta, et c'est du bonheur."

Quel est ton rôle chez Elf ?

"Chez Elf, je suis représentant et consultant technique. Il faut proposer les produits à la vente, s'occuper de la logistique, prendre, suivre et faire livrer les commandes, faire l'intermédiaire entre les ingénieurs, qui s'occupent de l'élaboration des produits, et les techniciens, qui sont sur le circuit et qui les utilisent. Je fais donc la liaison, pour les carburants comme les lubrifiants. On a malheureusement moins de possibilité qu'avant puisqu'on n'a plus les 2-temps, et avant j'avais énormément d'utilisateurs en 125cc, 250cc et 500cc, alors que maintenant on se consacre totalement à la MotoGP, où on a de nombreux clients et des produits différents pour chaque marque."

Et comment est-ce que ça se passe dans ton rôle de commentateur ?

"J'adore, c'est fantastique d'arriver à accumuler les deux. J'écris aussi de temps en temps pour le magazine Sport Bikes. Ça fait plusieurs années que je collabore avec Eurosport et j'ai du bonheur à pouvoir transmettre mon savoir et à communiquer autour de notre sport. Il y a aussi la liberté, de voyager et de pouvoir faire ce qu'on peut avoir envie de faire et j'ai une chance extraordinaire de faire ce dont j'ai toujours rêvé."

Qu'est-ce que tu préfères de la vie dans le paddock des Grands Prix ?

"Il n'y a pas d'évènement particulier mais j'ai énormément de plaisir quand je reviens dans le paddock, même s'il y a parfois des moments où on est un peu fatigués de cette vie de nomades. Je suis toujours en déplacement, sur les Grands Prix mais aussi avec les Superbikes ou en France, mais j'ai toujours un bonheur immense à revenir dans le paddock et à retrouver cette famille, cette complicité, cette familiarité qu'il y a entre nous tous et ce bonheur d'être ensemble dans un milieu passionnant et passionné."

Quel a été pour toi l'évènement le plus marquant de la dernière décennie ?

"Il y en a un qui nous a tous marqués, c'est Valentino Rossi, et l'ascension de ce jeune garçon que j'ai vu arriver tout petit sur les circuits. Valentino Rossi a marqué et marque encore son époque, le monde entier connaît et reconnaît la moto au travers de Valentino Rossi. Il a amené la moto à un tel niveau et c'est grâce à lui qu'on en a parlé dans le monde. On souhaiterait évidemment qu'on en parle encore plus, qu'elle soit encore plus connue et qu'elle sorte un peu de ses frontières."

Le pilote français qui t'a le plus fait vibrer en 2012 ?

Zarco, parce que c'est un pilote dans lequel je crois beaucoup, qui fait tout pour la moto et qui a, je pense, vraiment un bel avenir devant lui. Il a prouvé l'année dernière qu'il pouvait être vice-Champion du Monde, il était en lice pour le titre jusqu'au dernier instant. Il est encore au début de sa carrière, cette année c'était sa première saison en Moto2 et il a quand même fait preuve d'un certain talent, alors que ce n'est pas évident quand on arrive de la 125cc."

"Evidemment, on est tous un peu franchouillards et j'avoue même avoir versé une larme en direct à la télé pour la victoire de Louis Rossi au GP de France. C'était un moment inoubliable. En direct, j'ai associé la victoire de Rossi à celle de Jean Auréal, qui avait été le premier Français à remporter le GP de France, en 1969, et dont très peu de monde se souvient. Il y a des gens qui ont été surpris mais j'ai assimilé les deux parce qu'on ne s'attendait pas à la victoire de Rossi, comme on ne s'attendait pas à la victoire d'Auréal en 1969. En plus c'était deux moustachus, un grand et un petit, mais c'était surtout la surprise et un moment d'émotion intense."

Après avoir été pilote et avoir tenu plusieurs rôles sur les Grands Prix, qu'est-ce que tu envisages pour la suite ?

"J'espère continuer parce que je me fais toujours autant plaisir et que j'ai à chaque fois toujours autant de bonheur à retrouver les amis et les gens du paddock. Je suis récemment allé à la sélection de la Red Bull MotoGP Rookies Cup, dans le sud de l'Espagne, et il y avait une centaine de gamins, c'était fantastique. Il y en a forcément certains qui continuent et d'autres qui vont disparaître parce que c'est un métier extrêmement difficile, comme dans tous les sports de haut niveau. Il faut se donner à fond, comme le fait Johann Zarco et tant d'autres. C'est d'ailleurs Laurent Fellon (le coach de Johann) qui m'avait demandé d'accompagner un jeune Français de 14 ans, Corentin Perolari, qui a été le seul Français qualifié, et j'étais donc moi aussi comme un gamin !"

Tags:
MotoGP, 2012

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