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Le métier de Team Manager avec Alain Bronec

Le métier de Team Manager avec Alain Bronec

Après avoir rencontré Wilco Zeelenberg puis Hervé Poncharal en cours de saison pour en savoir plus sur le métier de Team Manager, OffBikes.com nous propose une nouvelle interview avec Alain Bronec, le propriétaire du CIP, qui travaillera avec Tatsuki Suzuki et Remy Gardner en Moto3™ l'an prochain.

Dernier épisode du dossier Team Manager aujourd'hui consacré à Alain Bronec, propriétaire et Team Manager de l'équipe CIP en catégorie Moto3™. En 2014, l'équipe engageait Alessandro Tonucci et Bryan Schouten, transfuge du CEV. Pour raisons contractuelles, Schouten a été écarté de l'équipe à partir Grand Prix d'Aragón, il a ensuite été remplacé par Jasper Iwema. Le CIP était aussi engagé en CEV avec Tatsuki Suzuki, pilote japonais. 

Alain Bronec revient sur son rôle dans l'équipe, ses obligations et contraintes en tant que chef d'entreprise et sa vision du monde des Grands Prix dans la catégorie Moto3™.

Quel est votre rôle au sein de l'équipe CIP ?

« Je suis le propriétaire de l'équipe CIP dans laquelle j'ai aussi le rôle de Team Manager. L'équipe CIP est composée aujourd'hui de 12 personnes sur chaque week-end de course, ainsi qu’un noyau de quelques fidèles collaborateurs dans les bureaux situés sur le Pôle Mécanique d’Alès. Plus précisément, je m'occupe de coacher les pilotes et de manager l’ensemble de l’équipe. Enfin, et le plus difficile, je me charge de trouver les partenaires qui nous aident à financer la saison. »

Lors de chacune des séances, vous êtes en bord de piste pour analyser les pilotes, est-ce aussi une part importante du rôle de Team Manager ?

« J’ai créé l'équipe CIP parce qu'avant j'accompagnais souvent les pilotes dans différentes équipes et quelques fois, il m'arrivait de ne pas trouver le bon terrain d'entente entre les techniciens, le pilote et ce que j'examinais en bord de piste. C'est justement une notion que j'arrive à mettre en place dans mon équipe. Le pilotage est très important. Je travaille en étroite collaboration avec le Directeur Technique et le pilote lui-même. Nous essayons de recouper nos informations car ce que l'on peut lire sur les données télémétriques ne reflète pas toujours ce qui se passe sur la piste. Par exemple, il est possible de déterminer si le pilote patine en sortie virage par simple lecture de la télémétrie, mais si celui-ci remet les gaz alors que la moto n’est pas dans la bonne direction, c'est tout à fait logique qu'il soit confronté à ce type de problème. Nous essayons donc de corriger certains aspects de pilotage pur avant de commencer à régler la moto. Mon rôle est donc primordial et permet de trouver les solutions pour que le pilote progresse. »

Lorsque vous dites que vous êtes propriétaire de l'équipe, avez-vous un mot à dire sur chaque décision prise ou déléguez-vous certaines d'entre elles ?

« Je peux avoir un mot sur tout effectivement. Toutefois, mon travail est aussi de déléguer aux spécialistes. Je ne m'occupe pas vraiment de la technique dans la mesure où nous n'avons pas de problème particulier. Toutefois, je suis en discussion constante avec le Directeur Technique afin d'essayer de comprendre comment nous pouvons améliorer le binôme moto/pilote. Encore une fois, il faut qu'il y ait une bonne relation entre le pilote, la personne en bord de piste et la technique. »

Auparavant, vous engagiez une équipe en Moto2™, selon vous, quelle est la meilleure catégorie permettant de révéler le véritable potentiel d'un pilote ?

« Lorsque nous observons attentivement les deux catégories, les trois pilotes leaders au Championnat du Monde en Moto3 la saison dernière sont plutôt d'un bon niveau cette saison en Moto2. Des pilotes comme Pol Espargaró et Marc Márquez, qui étaient très rapides en Moto2, sont d'un excellent niveau en MotoGP. Par conséquent, la filière Moto3, Moto2 et MotoGP est une évolution logique plus qu'intéressante. Toutefois, nous allons rester très attentifs aux résultats de Jack Miller en MotoGP™ en 2015, car passer directement de la Moto3 à la catégorie MotoGP est un challenge particulièrement intéressant. »

La France ne propose pas de championnat national en Moto2. Dans l'éventualité où un championnat de ce type existait, peut-on imaginer la création d'une équipe CIP Moto2 pour s'adresser, non plus à de jeunes pilotes, mais plutôt à des pilotes d'expérience ou de gabarits différents ?

« En 2011, le CIP avait une équipe Moto2 en CEV avec Tomoyoshi Koyama, qui a terminé 3e du championnat. Il est donc facilement envisageable de remonter une équipe Moto2 dans un championnat autre que le Championnat du Monde. »

Sans donner de chiffre, quel est le coût d'une équipe Moto3 en mondial ?

« Entre le package moteur imposé par le règlement, le châssis, les pièces, le staff technique et logistique, et la richesse du calendrier qui comporte 7 courses en dehors de l'Europe, une saison complète en Moto3 revient très cher. En moyenne, chaque pilote amène 30% du budget. Évidemment, d’un team à l’autre, les budgets évoluent en fonction par exemple du nombre de tests privés réalisés, ou de la quantité de personnel. Les petites équipes, n’ont pas d’autre choix que de limiter ce genre de dépenses. »

Cette limitation de prix pour les moteurs se transposera sur les châssis la saison prochaine. Pour un championnat destiné à de jeunes pilotes, que pensez-vous de ces coûts ?

« Contrairement à la catégorie Moto2, en Moto3, plusieurs constructeurs d’envergure mondiale sont impliqués. Ceci conduit malheureusement à une course à l’armement de la part de ces constructeurs. Tous les règlements qui visent à limiter les coûts ne peuvent qu’être bénéfiques. La limitation des prix des châssis s’inscrit dans cette logique, et je ne peux qu’y être favorable. »

Est-il difficile de trouver des soutiens financiers aujourd'hui en France ?

« Les GP ont toujours cet attrait en France (en 2014, le Grand Prix de France est classé 5e du Championnat en termes d'affluence), mais les difficultés économiques touchent tous les secteurs d’activité. Il est donc plus difficile de trouver des sponsors avec de gros budgets, alors que les coûts augmentent, ce qui contraint les teams depuis quelques années à demander un budget plus élevé aux pilotes. De plus, les sponsors sont plus exigeants et il faut donc innover pour les séduire et trouver d’autres sources de revenu. Aujourd'hui, ce qui fonctionne, ce sont les opérations VIP. Nous proposons un package complet permettant aux sponsors d'inviter des clients que nous amenons en bord de piste ou sur la grille de départ. La Dorna nous donne ainsi la possibilité de faire découvrir les coulisses du Championnat du Monde en nous fournissant la logistique nécessaire. C’est une grande satisfaction. Nous développons de plus en plus cette activité et pas essentiellement avec nos sponsors français. Nous nous ouvrons à d’autres pays en fonction des pilotes qui sont présents dans le team. »

En tant que patron de l'équipe, est-il difficile de juger un pilote sur son talent sans être influencé par l'apport financier et les retombées que celui-ci peut apporter à l'équipe ?

« Pour moi, il n’est pas difficile de juger du talent ou du potentiel d’un pilote, mais il est difficile de l’avoir si l’on a pas les moyens. »

Était-ce un choix difficile de passer de Honda (TSR) à Mahindra en fin saison 2013 ?

« Il y avait seulement six Honda disponibles pour la saison 2014. Nous avons entamé les discussions avec Mahindra relativement tôt durant la saison et le package proposé était intéressant. Nous avons donc signé rapidement. Même si nous nous sommes retrouvés en difficulté en début de saison, on voit très bien que les Mahindra ont un gros potentiel et nous sommes ravis de travailler encore avec eux la saison prochaine. »

Est-ce un sacrifice personnel d'être Team Manager dans une équipe du Championnat du Monde ?

« C’est sûr que je ne passe pas le mois d’août sur la plage, ni les fêtes de fin d’année aux sports d’hiver ! Mais ce n’est pas un sacrifice, c’est un choix. Même quand c'est difficile pour moi ou lorsque je rencontre quelques soucis dans mon entreprise, j'ai toujours l'impression d'avoir beaucoup de chance d'être sur le bord de piste et de regarder des pilotes rouler. Je n’échangerais cette vie-là contre aucune autre. Néanmoins, l'organisation de ma vie privée reste compliquée d'autant plus en étant impliqué dans plusieurs championnats : Championnat du Monde des Grands Prix, FIM CEV Repsol à titre privé et Championnat de France Superbike et Championnat de France 25-power pour la Fédération Française. »

Le rôle de détection au sein de la Fédération Française est-il un rôle à temps plein ?

« Je suis beaucoup sollicité par les jeunes pilotes français et leurs parents. Ils veulent être conseillés, orientés, rassurés. Et je suis là pour ça, en temps que Responsable Sportif FFM, en charge de la Filière Vitesse France. C’est motivant de travailler avec les futurs espoirs français. Comme je l’ai déjà dit, je suis prêt à sacrifier beaucoup de choses privées pour voir un jour les tous jeunes pilotes français de la Filière FFM accéder aux Grands Prix comme l’ont fait Mike Di Méglio, Alexis Masbou ou encore Louis Rossi. »

En 2015, quelles seront les changements et la composition de l'équipe CIP ?

« La saison prochaine, le Team CIP sera à nouveau composé de deux pilotes : le jeune pilote japonais Tatsuki Suzuki, 17 ans, que nous avons formé en 2014 au sein du FIM CEV Repsol, et l’Australien Remy Gardner, 16 ans, qui a également participé cette année à ce même championnat. L’équipe technique va rester sensiblement la même. »

Propos recueillis par OffBikes.com

Tags:
Moto3, 2014, CIP

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