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15 jours ago
By Nick Harris

Attendre le bon moment, la leçon tirée par Nick Harris

Nick Harris revient sur sa première rencontre avec Jon Ekerold, à Brno en 1980…

Cette première venue à Brno m’a fait d’une certaine façon découvrir la vie, celle derrière le rideau de fer : j’y ai pris conscience de la dangerosité du vieux circuit, j’y ai appris à être patient face après ces longues heures d’attente passées au poste frontière autrichien… et puis il y avait ce pilote de side-car, George O’Dell, qui était le contact pour obtenir de bons prix sur les verres en cristal. Mais au-delà de tout ça, j’ai aussi compris qu’il fallait parfois choisir le bon moment pour poser une question difficile.

En 1980, Jon Ekerold arrivait à Brno avec une énorme chance de remporter ce titre 350cc, tant mérité après des semaines de lutte face à Anton Mang. C’était l’avant-dernière manche de la saison et 14 longeurs le séparaient alors de son rival. Mais ses deux mécaniciens Gregg Irvine et Keith Petersen, s'étaient vus interdire l'entrée dans ce pays communiste à cause de leur passeport sud-africain. Jon avait quant à lui pu obtenir le visa nécessaire en utilisant le passeport norvégien qu'il avait hérité de son père.

13 tours, d’une distance de 10.920 km, étaient à parcourir et Jon Ekerold partait de la première ligne. Passé le cap de la mi-course, le Sud-Africain était installé dans la roue du leader Anton Mang, à bonne distance du peloton. J’avais un début de texte : ‘Ekerold, The privateer of all privateers’, quand soudain catastrophe, Jon Ekerold a commencé à ralentir, segment de piston cassé. Il ne restait plus qu’une boucle… Avec sa troisième place, il était encore virtuellement Champion, mais son rythme était plus celui d’un cycliste engagé sur le Tour de France et les autres concurrents le passèrent les uns après les autres. Finalement crédité du 10e rang, Jon Ekerold repartait de Brno avec un seul petit point, ce qui le mettait à égalité avec Anton Mang.

À son retour au box, un grand silence régnait. Personne n’osait lui demander ce qu’il s’était passé. Un jeune reporter du Motor Cycle Weekly tenta malgré tout sa chance et s’attira les foudres du pilote !

Cinq jours plus tard, lorsque je suis arrivé dans le paddock du Nürburgring pour la grande finale, Jon Ekerold m’attendait à l’entrée. Je me suis approché de lui, quelque peu nerveux à l’idée de recevoir le même accueil qu’à Brno, qui aurait d’ailleurs été mérité… Mais avant même que je puisse parler, il m’a tendu la main pour s’excuser de la réaction qu’il avait eue, ajoutant que c’était injuste et infondé de traiter de cette manière quelqu’un qui avait juste cherché à faire son travail. Quel homme !

J’avais désormais toutes les raisons du monde de titrer : ‘Ekerold, The privateer of all privateers’ dimanche après-midi, lorsqu’il vint à bout d’Anton Mang sur le vieux circuit routier pour offrir cette couronne 350cc à l’Afrique du Sud.

Merci Jon, c’est une leçon que je n’oublierai jamais !

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