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9 jours ago
By motogp.com

« Quand on parle technique, les barrières tombent »

Ce mois-ci, nous vous présentons Elena De Cia, diplômée en mathématiques appliquées, qui travaille auprès d’Aprilia.

Les mathématiques et la moto sont des passions qu’Elena a toujours cultivées. Si le premier domaine lui semblait largement accessible, elle n’aurait jamais imaginé en revanche occuper un poste clé au sein d’une équipe MotoGP™.

Elena De Cia est responsable des stratégies pour Aprilia Racing. Durant les Grands Prix, on a pour habitude de la voir dans le box, occupée à analyser toutes les données collectées sur les deux RS-GP. Au quotidien, trois aspects cohabitent chez elle : la théorie, la pratique et la passion.

« Je vois chaque manœuvre du pilote au travers des datas et les solutions que nous lui proposons sur le plan technique doivent répondre à son feedback, mais tout ce qu’il demande n’est pas toujours réalisable avec les moyens dont nous disposons, explique-t-elle. Entre alors en jeu la pratique. L’objectif est de trouver en quelque sorte le meilleur compromis. Et les week-ends de course, on a tout intérêt à réagir vite car le rythme y est effréné. Précision et efficacité y sont du coup les maîtres mots. Forcément, il y a aussi une forte composante de passion. Au final, il faut imaginer que je pourrais être la première à tester ces modifications opérées sur la moto. »

L’histoire d’Elena débute à Feltre, une petite ville située dans la province de Belluno, où étant petite, elle rêvait de devenir professeur de mathématiques. Mais à chaque week-end, elle regardait les courses avec son oncle : « Je n’aurais jamais imaginé travailler un jour pour le MotoGP™, confesse-t-elle. Je côtoie des personnes que je voyais d’ordinaire à la télé. La fan qui sommeille en moi aurait crié et aurait du mal à croire ce qu’elle vit. Ceci étant, je sais me tenir, me montrer professionnelle. Alors parfois quand je croise certaines personnes, je me contente d’un poli ‘bonjour’. »

À vrai dire, ce monde-là, elle le voyait comme inaccessible. Fatalité, c’est son autre passion qui lui aura servi de tremplin… « J’étudiais à l’université de Padoue, lorsque j’ai appris que des managers de chez Aprilia étaient venus dans le but d’y recruter des élèves en mathématiques appliquées et c’était justement le parcours que j’avais choisi. J’ai foncé, » indique-t-elle.

Quand on pense au MotoGP™, on imagine toujours des ingénieurs… Ceci étant, la démarche d’Aprilia fut beaucoup plus avant-gardiste, car ils ont souhaité créer une synergie entre mathématiques et ingénierie pour développer leurs propres projets. Sa thèse sur les trajectoires en moto lui vaudra en l’occurrence d’être engagée par la marque de Noale et plus particulièrement de travailler sur la simulation dynamique, les optimisations de développement, ainsi que sur les stratégies. Elena y deviendra bientôt une référence, que ça soit au sein de l’entreprise, sur la piste ou dans le paddock.

« Avec l’introduction du logiciel unique Magneti Marelli, j’ai changé de champ d’action, pour me concentrer davantage sur les stratégies et l’analyse, fait-elle remarquer. C’est de cette façon que j’ai commencé à aller sur les Grands Prix. J’y ai découvert une autre manière d’exercer mon métier. Étant au point d’arrivée de toutes les informations, je suis en contact avec les pilotes et avec tous les corps de métier liés à l’ingénierie ; ce qui me permet d’en apprendre plus sur la moto. »

Si l’adrénaline est omniprésente, il faut aussi savoir composer avec le bruit, les distractions et la pression. Son arrivée dans le paddock a toutefois été un bouleversement, bien au-delà de la sphère professionnelle. « Au départ, j’étais totalement concentrée sur le côté technique, je n’avais pas d’autres préoccupations, reconnaît-elle. Mais après quelques déplacements, je me suis immédiatement sentie incorporée à cette grande famille. En plus, je voyage toujours en compagnie des mêmes personnes. Que ça soit en Malaisie, en Argentine, en Australie ou au Japon, je me sens dans un environnement sûr et j’ai besoin de sentir ce soutien. »

Certes, Elena passe son temps à courir d’un aéroport à un autre, mais une qualité essentielle fait qu’elle est capable de tenir : « En voyage, le rythme est très soutenu, mais grâce à l’adrénaline, vous pouvez rester concentrés, affirme-t-elle. Et être fan est un avantage supplémentaire, car je le répète, je n’aurais jamais imaginé rejoindre ce milieu. »

Au cours de sa carrière, Elena a également été amenée à officier auprès du team Suzuki Ecstar : « Les Japonais sont très respectueux et c’est important de gagner leur confiance. Ça ne s’acquiert pas comme ça, mais une fois que vous y arrivez, c’est une grande satisfaction. Souvent, j’étais la seule femme dans les réunions. Malgré tout, à aucun moment, je me suis sentie discriminée. Car dès qu’il est question de technique, les barrières de genre ou de culture tombent, » précise-t-elle.

Toujours est-il que cette expérience sera venue enrichir son ‘bagage professionnel’, avant de retourner au sein du clan Aprilia. « Je suis retournée chez Aprilia, car mon rêve était de créer un petit département de stratégie et de méthodes pour analyser les données, tout en construisant quelque chose de concret, annonce-t-elle. Le but était de les rendre accessibles à tous au sein de l’équipe et ça a pu être réalisé. » Mais il y a une émotion qu’Elena voudrait revivre… « Chaque constructeur a ses points forts, que la stratégie doit mettre en avant. À présent, j’aspire à gagner, histoire de pouvoir reconnaître ça avec Aprilia, » déclare-t-elle.

Mais plus concrètement à quoi ressemble ces week-ends ? « Avant de partir sur un circuit, j’analyse les données et je vérifie les notes que j’avais prises la saison passée, afin de me souvenir de ce qui avait été testé, répond-t-elle. Je prépare ainsi un document destiné aux deux ingénieurs qui travaillent avec les pilotes, pour les informer des nouveautés. Le mercredi et le jeudi sont des journées dédiées à la mise au point des derniers détails. Une fois la stratégie définie, mon rôle est de contrôler les données, dès lors qu’ils rentrent aux stands. À moi de leur délivrer ensuite un feedback immédiat, sachant qu’on essaiera d’optimiser notre package entre deux roulages, à partir de ces indications. »

Et à un tel poste, mieux vaut être réactif, puisque les situations sont en constante évolution : « Les FP4 et le warm-up sont les séances les plus importantes, déclare-t-elle. Les FP4 car on y fait des essais pour la course et le warm-up car on procède aux derniers ajustements. En espérant qu’il n’y ait pas beaucoup ! » Arrive alors le moment tant attendu de la course : « C’est l’instant où on peut vivre pleinement sa passion, souligne-t-elle. Surtout quand on sait tout le travail qu’il y a derrière, ça rend les choses encore plus excitantes. Après le premier tour, généralement je me rends au bord de piste, pour observer ces pilotes d’encore plus près. »

Elena estime être une privilégiée, elle qui suivait il y a encore quelques années de ça, les Grands Prix depuis son canapé. Son secret ? Avoir osé ! « Ce genre d’opportunités ne se présentera peut-être pas aussi souvent, c’est pour ça qu’il est vital de savoir les saisir, de ne pas avoir peur, décrit-elle. Quand j’ai appris qu’Aprilia était à la recherche de gens issus de ma filière, je me suis dit bien sûr que d’autres étaient plus qualifiés que moi, mais j’ai tout de même tenté et ils m’ont choisi ! »

En attendant, Elena est fière de démontrer que grâce aux mathématiques, une matière souvent impopulaire, elle exerce le métier de ses rêves !

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