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15 jours ago
By motogp.com

Stoner : « Pedrosa pouvait vous laisser bouche-bée parfois »

La légende du MotoGP™ a évoqué avec Simon Crafar ses points forts, Pedrosa, les leçons de vie qu'il a tirées de la course, etc.

Lors du Warm Up du Grand Prix Brembo d'Algarve 2021, les fans ont eu droit à une petite surprise. Le reporter de la voie des stands pour motogp.com et vainqueur en Grand Prix Simon Crafar a en effet pu échanger avec la légende de la discipline, Casey Stoner, qui faisait son retour dans le paddock pour les deux derniers rendez-vous de la saison.

L'Australien, double Champion du Monde du MotoGP™, a évoqué plusieurs sujets dans un entretien qui vaut le détour. Retrouvez plus bas l'interview complète de Casey Stoner pendant le Warm Up à Portimão, où il révèle sa plus grosse qualité en piste, le nom de celui qui l'a le plus inspiré, les leçons de vie qu'il a tirées de la course, la meilleure moto avec laquelle il a roulé, ses moments préférés en carrière (avec une surprise) et bien plus encore.

Simon Crafar évoque un moment où Casey Stoner l'a impressionné en Aragon :

Casey Stoner : « Vous allez me faire rougir. Merci pour le compliment. On ne voit pas forcément à la télé ces petits trucs qui se passent en piste. On peut voir les sauvetages spectaculaires de Marc, mais les petites choses qui se produisent constamment passent inaperçues. Je faisais ça de temps en temps sur quelques circuits dans les virages, essentiellement parce que la moto ne tournait pas suffisamment, donc je voulais un peu plus de stabilité à l'avant et dès que vous en avez, c'est plus difficile de prendre les courbes. »

« C'est pour cela que j'aimais l'accélérateur à la main. Je n'aime pas que l'électronique intervienne tout de suite parce que je ne pouvais pas faire tourner la machine. Alors, quand j'arrivais à la faire tourner légèrement, j'attendais que la moto se remette sur la partie la plus large du pneu et je pouvais m'en sortir parce que ce n'était pas une courbe particulièrement facile ; c'était une longue entrée dans le virage, ça se resserrait beaucoup et il fallait freiner. C'est une ligne droite assez longue et vous pouvez gagner un peu de temps. »

Simon Crafar : Quelle était votre force, sur ou en dehors de la moto ?

Casey Stoner : « Probablement pas beaucoup de forces en dehors de la moto. Mon point fort est peut-être mon manque de fierté. Je pense que beaucoup trop de pilotes ont ce que je considère comme de la fierté. Ils ne veulent pas changer, ils ne veulent pas s'adapter, ils veulent que la moto leur convienne, ils sont toujours en train de dire 'ça ne va pas avec mon style de pilotage, je n'arrive pas à avoir de bonnes sensations', si ça n'arrive pas, fais en sorte que ça arrive. Si la machine ne fonctionne pas pour toi, fais en sorte de fonctionner avec elle. Il y a toujours une solution. »

« C'est pour cela que j'ai toujours été rapide dès le départ dans toutes les conditions ; j'étais capable de m'adapter rapidement, c'est grâce à mon manque de fierté sur la moto. J'étais le premier à admettre dans le box quand j'avais fait une erreur plutôt que de blâmer la machine, ce qui nous a permis d'aller plus loin. Plutôt que de regarder une autre moto ou un autre pilote et de se dire 'la seule raison pour laquelle ils peuvent faire ça, c'est grâce à la moto' ou quelque chose comme ça, on disait 'ok, qu'est-ce qu'on peut faire pour rivaliser avec eux sur cet aspect ?'. Pas nécessairement les battre, mais au moins atteindre leur niveau sur mes points faibles. J'étais toujours prêt à apprendre des autres. Et ça, pour moi, c'est de la fierté. Si vous en avez trop, vous n'êtes pas en mesure d'apprendre, de vous adapter et je pense que vous vous retrouverez dans une impasse. »

Simon Crafar : Quels étaient les traits de caractère que vous admiriez chez vos adversaires, leurs points forts ?

Casey Stoner : « Je pense qu'il y avait des points forts chez tous ceux contre qui j'ai concouru. Tous les pilotes sont différents, toutes les motos sont différentes, tous les virages sont différents. Il y a toujours une autre manière d'aborder les choses, le travail peut être fait de diverses façons. C'est ce qui fait la beauté de ce sport, ce n'est pas comme la course automobile, en particulier la F1, où tout le monde est dicté par l'aérodynamique et où ils ont tous la même trajectoire. Ici, nous avons plusieurs options pour une même situation. »

« Jorge [Lorenzo] avait beaucoup de choses que j'aurais voulu avoir, la capacité de combat de Valentino [Rossi] et la façon dont il lisait les courses, surtout quand ça commençait à se compliquer. Toutefois, la personne dont j'ai le plus appris, parce que j'ai couru contre lui toute ma carrière, c'est Dani Pedrosa. La manière dont il était capable de trouver de la vitesse et des petites choses parfois pouvait vous laisser bouche-bée, on se demandait 'comment il fait ça ?'. »

« Quand je suis devenu son coéquipier en 2011, c'est la meilleure chose qui me soit arrivée parce que les années précédentes chez Ducati, sans vouloir les blâmer, je n'ai jamais pu regarder les données de mon coéquipier pour savoir comment aller plus vite. C'est donc un point négatif pour moi parce que je n'ai personne qui m'aide en me disant 'ok, tu peux améliorer un peu à cet endroit parce qu'ils sont capables d'être plus rapides que toi à ce moment-là', et c'est un avantage énorme. »

« Avec Dani, en laissant une fois de plus ma fierté de côté, j'ai pu voir ce qu'il était capable de faire sur certaines parties de la piste, sur la même moto ; il pouvait m'humilier. J'étais là à me demander 'qu'est-ce qu'il fait différemment ?'. On n'avait pas les mêmes réglages, parce que je préfère aller dans ma propre direction sur ce point, mais il abordait les choses un peu différemment parfois et j'ai pu apprendre beaucoup de cela, et je pense que c'est ce qui m'a donné beaucoup plus de force, en sachant que j'avais quelqu'un d'aussi rapide pour m'améliorer sur certains points faibles. »

Simon Crafar : Le MotoGP™ est un sport brutal, les hauts et les bas sont extrêmes. Y a-t-il des leçons de vie que vous avez apprises en étant dans le paddock - positives ou négatives ?

Casey Stoner : « Malheureusement, j'ai probablement appris, plutôt de manière négative, ce qu'il faut attendre des gens. Ou plutôt ce que les gens sont capables de faire. C'est ce qui m'a le plus marqué, parce que j'ai toujours été du genre à me pénaliser moi-même, lorsque je passais par les zones de dégagement en asphalte dans les virages parce que j'avais fait une erreur, je laissais passer quelques pilotes parce que j'étais désolé, il y avait du gravier avant et j'aurais perdu beaucoup de temps. Je me souviens que mon équipe était en colère parce que j'avais perdu du temps et que je n'étais pas reparti directement, mais je me disais 'non, j'ai fait une grosse erreur, je dois être pénalisé pour ça'. »

« Mais voir ce que les autres étaient capables de faire et qu'ils ne pensaient qu'à eux-mêmes, surtout en course, et je comprends que vous devez penser à vous-même, mais vous devez respecter vos concurrents en piste. Comme on a pu le voir, c'est une question de vie ou de mort, certains se tuent en faisant cela, et je pense que les gens l'oublient un peu trop vite. Je pense donc que le respect des autres pilotes est une chose très, très importante que nous avons peut-être un peu perdue. Au cours de ma carrière, j'ai appris à ne jamais sous-estimer ce dont les humains étaient capables lorsqu'ils veulent vraiment quelque chose. J'ai appris à garder les yeux derrière la tête et à m'assurer que je savais d'où venait chaque attaque. »

Simon Crafar : Si vous pouviez revenir en arrière et changer quelque chose dans votre carrière, vous le feriez ?

Casey Stoner :« Je ne pense pas, parce qu'il est important d'avoir ces leçons de vie. Même si ce serait génial d'avoir une carrière sans aucun pépin où tout se passe bien, on n'a rien à en tirer. Rien ne nous apprend plus que nos erreurs. On n'apprend pas des victoires et lorsqu'on fait tout correctement, on apprend de nos erreurs. C'est ce que je disais juste avant quand je parlais d'apprendre de mes adversaires. »

« J'avais besoin de tout faire. Il y a deux ou trois choses que j'aurais probablement souhaité éviter comme ma fatigue en 2009, ma blessure en 2012, deux ou trois autres choses au début de ma carrière, en 125 et 250, que j'aurais aimé voir se dérouler un peu plus facilement, mais en même temps, elles m'ont permis d'arriver là où je suis aujourd'hui, elles m'ont aidé à apprendre autant que je l'ai fait, donc je ne peux pas vraiment regretter quoi que ce soit, j'ai été plutôt chanceux dans ma carrière. »

Simon Crafar : Quelle est la moto que vous avez préféré piloter dans votre carrière ?

Casey Stoner : « Ma moto préférée serait la Honda MotoGP™ 2012 mais avec les pneus de 2011. Quand ils ont sorti les gommes pour la saison 2012, elles ne fonctionnaient pas avec la nouvelle moto. On avait beaucoup trop de vibrations. On avait des séquences au ralenti du pneu arrière qui rebondissait à chaque fois de presque 10 cm du sol, juste en sautant. Chaque virage à droite était comme ça au moment d'accélérer. La majorité des circuits du championnat du monde tournent à droite, donc quand ça tournait à gauche, on gagnait généralement, mais à droite, c'était une autre histoire. »

« Tout est lié à la composition du pneu et à la fréquence qu'elle provoque. Le composant et la construction par rapport, je suppose, au composant de la gomme à l'intérieur de la poussée de la roue. Malheureusement, ça ne fonctionnait pas bien et les pneus s'arrachaient, surtout dans les virages à droite. À gauche tout allait bien, parce qu'on avait les forces de chaîne d'un côté, mais de l'autre bord, celles-ci venaient d'une direction différente, d'un autre couple, le tout passant par le bras oscillant, ça créait d'énormes vibrations. »

« La moto avec les pneus de 2011 que nous utilisions pendant les essais était sans aucun doute la meilleure machine que j'ai pilotée. Elle freinait parfaitement, elle tournait, elle était rapide, je me suis éclaté dessus. Mais oui, quand nous sommes arrivés en 2012 et qu'ils ont changé la composition et la construction des pneus, cela a absolument ruiné notre saison. »

Simon Crafar : Quel est votre moment préféré dans votre carrière ? Y a-t-il un moment marquant que vous n'oublierez jamais ?

Casey Stoner : « Le jour où j'ai remporté le Championnat du Monde en 2011 à Phillip Island. Je ne pensais pas que cela arriverait jusqu'au matin où, malheureusement, Jorge a chuté et s'est blessé au doigt. Mais tellement de choses se sont enchaînées ce jour-là ; c'était le jour de mon anniversaire, je pense que c'était ma cinquième [victoire] consécutive à Phillip Island, mon Grand Prix national, mon deuxième Championnat du Monde, nous avons eu tellement de choses qui se sont enchaînées ce jour-là, c'était tout simplement incroyable. Peu de gens ont l'occasion de remporter un championnat du monde sur leur circuit national le jour de leur anniversaire, et toutes ces choses qui se sont enchaînées, c'était vraiment fantastique. »

« Il y a probablement d'autres moments auxquels peu de gens pensent. L'un était en 2010 au Motegi. C'était un véritable exploit pour moi, car nous n'aurions jamais dû gagner cette course. Dovi et les deux Yamaha de Valentino et Jorge étaient tellement plus rapides que nous, nous avions du mal avec la Ducati. On a absolument tout donné. C'est probablement la seule course que j'ai faite où j'étais dans un rythme de qualification à tous les tours. C'est difficile d'expliquer cela aux gens, ils disent 'ah oui mais tu donnes tout à chaque course', ce qui n'est pas vrai, il faut en garder un peu sous le pied. »

« Il n'y a qu'en qualification qu'on donne tout, notre rythme cardiaque explose, on ne peut faire que deux tours d'affilée avant de devoir ralentir et essayer de se reprendre un peu. Pendant cette course, j’enchaînais les tours de qualification pour essayer de rester devant Dovi qui avait été rapide tout le week-end, et j'ai juste roulé à fond et gagné, ce qui était énorme pour nous. Pour ce qui est de la performance, c'est un accomplissement dont personne ne se rendra compte, mais donner le maximum à chaque tour, à l'exception des trois ou quatre derniers où on avait creusé un écart suffisant pour ralentir, c'était quelque chose pour moi. »

Simon Crafar : Que pensez-vous du MotoGP™ tel qu'il est aujourd'hui ? Les pilotes et les machines, qu'est-ce qui vous impressionne ?

Casey Stoner : « Ce qui m'impressionne le plus, c'est à quel point toutes les machines sont proches. Honnêtement, avec le bon pilote, vous pouvez gagner sur n'importe quelle moto en ce moment. L'Aprilia est probablement la petite exception, elle a encore besoin d'un peu de travail mais parfois son rythme est fantastique. Je pense honnêtement que peu importe la machine sur laquelle vous êtes, vous avez une bonne chance de faire une réelle impression à l'avant. »

« Je le répète, il faut juste se débarrasser de sa fierté et se mettre au travail avec ce que vous avez. Mais tous ces pilotes ont prouvé qu'ils pouvaient gagner des courses. Suzuki a été championne du monde l'année dernière, Ducati a été impressionnante jusqu'au bout, Yamaha est performante année après année, la Honda sera toujours redoutable, il n'y a que l'Aprilia qui n'a pas encore fait ses preuves, mais on espère que Maverick fera quelque chose l'année prochaine. Peu importe la moto sur laquelle vous êtes, vous avez une bonne chance de gagner des courses. »

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