Reste vigilant Pecco, par Nick Harris

Cette semaine l'ancien commentateur du MotoGP™ s'attarde sur certaines des plus grandes rivalités entre coéquipiers de l'histoire

Il n'est pas étonnant que Pecco Bagnaia ait le sourire en ce moment. Une troisième victoire consécutive et un doublé Tissot Sprint-Grand Prix au Mugello en sont évidemment la raison principale, mais il y en a d'autres. Avant même la manche d'ouverture de la saison, le Champion du Monde a signé une nouvelle prolongation de contrat de deux ans chez Ducati à un an de l'expiration de celui-ci. Fini les réunions clandestines avec d'autres usines, les spéculations constantes de la presse et les doutes sur l'avenir. Désormais, il ne lui reste plus qu'à défendre son titre de Champion du Monde MotoGP™ avec Ducati Lenovo pour la troisième année consécutive.

Il doit également sourire de tout le battage médiatique et des spéculations autour de l'identité de son coéquipier chez Ducati la saison prochaine. Bien sûr, Pecco Bagnaia sera plus qu'intéressé et a peut-être eu la chance d'exprimer sa propre opinion. Tous les pilotes vous diront que leur priorité numéro un dans les Grands Prix est de battre leur coéquipier. La présence sur la grille de départ de Valentino Rossi, légende du Mugello, nous a rappelé à quel point un bon choix de coéquipier pouvait être important.

« Vale » remporte son premier titre mondial en MotoGP™ en 2001 alors que, pour la deuxième année, il est le seul pilote de l'équipe Nastro Azzurro Honda 500cc. Lorsque les quatre-temps débarquent, il donne de nombreux conseils à son coéquipier Nicky Hayden. Chez Yamaha, ses coéquipiers ne lui posent aucun problème au début. Carlos Checa et Colin Edwards ne constituent pas une grande menace pour sa supériorité, mais un certain jeune espoir espagnol se profile à l'horizon. Le double Champion du Monde 250cc Jorge Lorenzo rejoint Valentino Rossi chez Yamaha en 2008 et la vie dans le garage ne sera plus jamais la même. En effet, on se rend vite compte que Jorge Lorenzo n'est pas là pour jouer les seconds rôles face au Champion du Monde et que le n°99 veut son titre mondial. Deux ans plus tard, il y parvient et Yamaha est littéralement divisée en deux. Un mur de séparation est construit dans le garage à chaque Grand Prix. Alors que la querelle entre les pilotes fait couler de l'encre, Yamaha se contente de rester en retrait et de continuer à gagner. Jorge Lorenzo remporte deux titres mondiaux supplémentaires, les deux fois devant Valentino Rossi.

Parfois, un coéquipier peut réduire à néant vos chances de décrocher une couronne mondiale. Le Champion du Monde 250cc Dani Pedrosa rejoint Nicky Hayden chez Repsol Honda en 2006. Lors de l'avant-dernière manche du championnat, Nicky Hayden devance son ancien coéquipier Valentino Rossi de 12 points à Estoril, au Portugal. L'Américain occupe une confortable troisième place lorsque Dani Pedrosa chute au virage 6 et l'emmène avec lui. Ce dernier remporte tout de même le titre mondial après la chute de Valentino Rossi lors de la dernière manche. Pas besoin de construire un mur de séparation cette fois-ci.

Être le coéquipier du grand Mick Doohan n'a jamais été facile. Alex Crivillé a vite compris qu'il ne partirait pas en vacances avec le quintuple Champion du Monde, surtout après le Grand Prix de République tchèque à Brno en 1996. Alex Crivillé suit son coéquipier de Repsol Honda pendant toute la course avant de le dépasser dans le dernier virage pour gagner avec deux millièmes d'avance. Mick n'a pas vraiment apprécié.

Le coéquipier le plus difficile en 75 ans d'histoire de ce sport est sans aucun doute le septuple Champion du Monde Phil Read. Il était totalement focalisé sur la victoire, rien ne devait se mettre en travers de son chemin et surtout pas ses coéquipiers. Il s'est beaucoup brouillé avec Giacomo Agostini, son coéquipier chez MV Agusta, et surtout avec Bill Ivy chez Yamaha. En 1968, l'usine Yamaha décide que Phil Read remportera le titre mondial en 125cc et Bill Ivy en 250cc. Bill Ivy aide Phill Read à décrocher la couronne 125cc mais ce dernier ne respecte pas l'accord et s'offre également la couronne 250cc. Bill Ivy ne lui pardonnera jamais.

La plus grande bataille entre coéquipiers pour un titre mondial se déroule lors de la dernière course du Championnat du Monde 250cc 2000 à Phillip Island. Olivier Jacque suit son coéquipier Shinya Nakano de Tech 3 Yamaha jusqu'à la dernière ligne droite, où il sort de son aspiration et triomphe de 14 millièmes pour s'adjuger le titre pour sept points.

Gardez un œil sur ce qui se passe à côté de Pecco Bagnaia. Il pourrait y avoir  du jeu dans le garage Ducati la saison prochaine.