« Je dois tout donner sur les circuits qui me conviennent »

Grâce à ce doublé de Marc Márquez, on se retrouve avec un top 3 qui se tient en 23 points au Championnat du Monde

C’est la stratégie du premier virage qui a dicté le rythme du week-end au MotorLand, mais le spectacle n’a pas manqué ! Le Michelin® Grand Prix d’Aragon nous a offert son lot de moments forts, avec un nouveau record du circuit signé par Marco Bezzecchi (Aprilia Racing) en qualifications et un Marc Márquez (Ducati Lenovo Team) auteur d’un doublé devant son public, décrochant ainsi sa 77e victoire en MotoGP. Le Championnat se resserre avec Marc Márquez qui se présentera à Misano avec seulement 19 points de moins que Jorge Martín (Aprilia Racing), tandis que Marco Bezzecchi ne compte que 24 longueurs de retard.

« Je dois tout donner sur les circuits qui me conviennent »

Le plan de Marc Márquez était clair : attaquer dès le départ. Cependant, après avoir oublié de désactiver le ride-height device, le Champion du Monde en titre a dû s'employer pour prendre les commandes. Il a ensuite géré la course à la perfection, décrochant ainsi un doublé de rêve à domicile et revenant à seulement 19 points du leader du Championnat.

Marc Márquez : « Aujourd’hui, j’ai répété la stratégie d’hier : attaquer dans le premier virage. Mais j’ai fait une grosse erreur parce que j’ai oublié de désactiver le ride-height device. Pendant le tour de chauffe, dans la ligne droite opposée, on l’active normalement, puis il faut penser à le désactiver pour le départ. Je ne m’en suis pas souvenu.

« J’ai pris un départ parfait et négocié un premier virage parfait, mais lorsque je suis passé du premier au deuxième virage, le dispositif arrière était toujours activé. La moto était extrêmement basse pendant tout le premier secteur. C’était un moment effrayant et ça a rendu les choses beaucoup plus difficiles.

« À un moment, au bout de la ligne droite, j’avais l’impression que sa moto m’aspirait. On était complètement collés. J’ai essayé de me décaler vers la droite, mais même en sixième, j’ai eu un petit wheeling. Il était impossible de m’éloigner de sa moto.

« À un moment, Marco a légèrement ralenti parce qu’il était dans les turbulences, et c’est à partir de là que j’ai pu prendre la tête de la course.

« À 10 tours de l’arrivée, j’ai un peu accéléré, creusé l’écart, puis j’ai de nouveau contrôlé.

« Je cherchais surtout à maîtriser le risque et à gérer le pneu dans les virages à droite. À 10 tours de la fin, je savais que le pneu était encore en bon état et qu’il me restait suffisamment de marge pour attaquer. C’est ce que j’ai fait. J’ai attaqué un peu plus dans les virages à droite, creusé l’écart et commencé à tourner en 1'46 ».
Marc Márquez occupe désormais la deuxième place du Championnat du Monde, à 19 points de Jorge Martín, mais le n°93 sait qu’il lui reste encore beaucoup de travail.

« Jorge et Marco semblent très performants. Ils sont extrêmement rapides. Et ils ne sont pas les seuls : Ogura va revenir, Di Giannantonio aussi, et Acosta a montré aujourd’hui ce dont il était capable.

« Si je veux avoir une petite chance de me battre pour le Championnat, je dois tout donner sur les circuits qui me conviennent ».

« Si je veux être prêt lorsque mon moment arrivera, je dois envisager toutes les options »

Pedro Acosta (Red Bull KTM Factory Racing) n’a jamais été aussi proche de ramener KTM sur la plus haute marche du podium. Le jeune Espagnol a poussé le duo de tête jusqu’au bout avant de décrocher une superbe deuxième place. Le n°37 préférait déjà se concentrer sur l’objectif à plus long terme : gagner en régularité, adapter son style de pilotage et être prêt lorsque l’occasion de s’imposer se présentera.

Pedro Acosta : « Il y a encore beaucoup de chemin avant de devenir une légende ! Je pense qu'on fait bien les choses. J’ai beaucoup poussé l’équipe parce que j’avais l’impression qu'on faisait un pas en arrière. Avec tous les problèmes de fiabilité qu'on a rencontrés durant la première partie de la saison, il était assez difficile de voir la troisième place du Championnat nous échapper.

« Maintenant, on dirait que les choses fonctionnent. On fait de bonnes courses. C’est vrai qu'on est encore loin d’une victoire, mais d’un autre côté, on trouve beaucoup de régularité dans le top 5. On peut être satisfaits de cela.

« C’était mon moment pour essayer de rattraper Marc et Marco et rouler avec eux. Marco imprimait un rythme incroyable en début de course et Marc attaquait pour revenir sur lui. J’essayais simplement de suivre la course. À la fin, je savais que Marc allait avoir quelque chose en réserve parce que, depuis derrière, il semblait vraiment détendu. J’ai simplement essayé de rester avec eux et de voir où je pouvais terminer. On termine pas si loin finalement, mais il reste encore du travail.

« Au bout de la ligne droite, ils sont tous les deux partis vers la gauche et j’ai profité un peu de l’aspiration, alors je suis simplement parti vers la droite. Finalement, j’étais au bon endroit, même si j’ai dû utiliser un peu le vibreur. C’était une manœuvre risquée compte tenu de la vitesse à laquelle j’arrivais.

« Pour le moment, je veux me concentrer sur ce que j’ai. Il me manque encore pas mal de choses sur une courte distance, notamment en qualifications. Normalement, j’ai du mal à décrocher une place en première ligne, ce qui vous donne un avantage au début des courses. Mais comme je l’ai dit, pour l’instant, je veux me concentrer sur les choses qui peuvent m’aider à gagner une course plutôt que sur celles que je n’ai pas.

« J’essaie même de changer mon style de pilotage. Normalement, je suis celui qui plonge toujours davantage à l’intérieur des virages et qui utilise plus le pneu que les autres. Maintenant, j’essaie de modifier un peu mon style. Si je veux être prêt lorsque mon moment arrivera, je dois commencer à envisager toutes les options et toutes les différentes manières de faire la course ».

« Pour se battre avec ces gars-là, il faut vraiment être parfait »

Avec un nouveau record de la piste, une pole position et une bataille roue contre roue avec Marc Márquez pour la victoire, Marco Bezzecchi a été au cœur de l’action en Aragon. Le pilote Aprilia a finalement dû se contenter de la troisième place, mais après un double podium sur un circuit qui n’est traditionnellement pas favorable à l’usine de Noale, le n°72 avait de nombreuses raisons de sourire.

Marco Bezzecchi : « C’était une course difficile, longue et extrêmement chaude. Dès le début, même lorsque j’étais en tête, je voyais que mon rythme n’était pas aussi bon que je l’espérais. J’ai fait de mon mieux pour creuser un écart, mais je savais que Marc allait revenir.

« Honnêtement, je voulais lui rendre la vie un peu plus difficile, et celle de Pedro aussi, mais j’ai perdu les deux places en l’espace de quelques secondes ! Mais je me suis bien amusé. C’était un week-end formidable. L’an dernier, je suis venu ici et j’ai pris le départ dernier. Cette année, j’ai décroché la pole position et obtenu un double podium, donc je suis très satisfait.

« Globalement, je suis d’accord avec Marc. C’était difficile. J’ai essayé de recroiser sa trajectoire au virage 15 lorsqu’il m’a dépassé, mais lorsque on s'est retrouvés proches l’un de l’autre dans la ligne droite, l’air faisait quelque chose d’étrange. Je voulais m’éloigner, mais parfois j’avais en réalité l’impression d’être attiré vers lui.

« Je me suis alors retrouvé un peu trop à gauche, donc j’ai dû freiner légèrement plus tôt. À ce moment-là, Pedro est passé à droite avec beaucoup de vitesse et, malheureusement, j’ai perdu une nouvelle place. Mais c’était un moment assez amusant.

« Avec les températures plus élevées par rapport aux séances d’essais, j’ai davantage souffert. On va travailler dur pour comprendre ce que je peux faire différemment et où on peut progresser.

« À Silverstone, je ne m’attendais absolument pas au podium, mais honnêtement, je ne m’y attendais pas vraiment ici non plus. Comme je l’ai dit auparavant, c’est un circuit sur lequel on souffre d'habitude. Aprilia n’y a jamais été particulièrement performante. L’an dernier, j’étais assez rapide, mais le week-end avait été très difficile. Ces deux derniers week-ends ont été fantastiques pour moi.

« Maintenant, je dois essayer de retrouver un peu plus la forme parce que, pour se battre avec ces gars-là, il faut vraiment être parfait. Je vais beaucoup travailler à la maison.

« C’était clairement une amélioration par rapport à Silverstone. Le problème était davantage lié à ma façon de piloter. Ici, avec autant de virages à gauche, je n’ai pas autant souffert de l’épaule, mais davantage du genou. Je marche encore un peu comme Dr House !

« Je vais devoir vivre avec ça pendant quelque temps. Il faudra du temps pour que ça aille mieux. La meilleure chose que je puisse faire, c’est essayer de reconstruire le muscle et la force que j’ai un peu perdus du côté gauche de mon corps, et essayer de compenser avec ça ».

« J’ai pris les points ; je préfère ça plutôt que de prendre un risque et de chuter »

Ce n’était pas le week-end qu’espérait Jorge Martín en Aragon, mais le leader du Championnat du Monde s’est assuré qu’il reste malgré tout productif. Avec le manque d’adhérence comme principale limite, le pilote Aprilia a accepté ce qu’il pouvait obtenir, décroché deux cinquièmes places et se rend à Misano avec encore 19 points d’avance.

Jorge Martín : « C’était différent de ce à quoi je m’attendais. J’étais optimiste et je pensais pouvoir faire davantage avec un bon départ, mais je n’y suis pas parvenu. Le maximum était une place dans le top 5 et je suis heureux d’avoir pris le maximum. Maintenant, j’ai vraiment envie d’aller de l’avant et de penser à Misano.

« Après Silverstone, mes sensations étaient un peu meilleures et je pensais pouvoir me battre pour le podium. Mais vendredi, j’ai vu que ce ne serait pas possible et je savais que même le Top 5 serait difficile à atteindre. Au moins, aujourd’hui, j’étais plus proche du podium qu’hier.

« L’adhérence a été ma limite tout au long du week-end. J’ai énormément souffert. Vers la seconde moitié de la course, j’ai commencé à me sentir un peu mieux et j’ai réussi à revenir sur Alex, donc globalement, je suis content de ça. Mais c’était le maximum que je pouvais obtenir.

« J’ai pris les points ; je préfère ça plutôt que de prendre un risque et de chuter. Je devais l’accepter. Peut-être que lors des prochaines courses, je devrai prendre davantage de risques, mais pas sur celle-ci.

« Les sensations avec la moto étaient là. Ce n’était pas comme à Brno ou au Sachsenring, où je n’avais pas de feeling. Je peux sentir ce qui se passe, mais je n’ai pas les performances. Je glisse partout et je ne peux pas conserver la vitesse. Je n’arrive pas à construire ma vitesse, et c’est le problème.

« Mais je suis heureux de pouvoir sentir la moto. C’est très important parce que lorsque l’adhérence ou la motricité seront là, ce ne sera plus un problème. Misano et l’Autriche pourraient être de bons circuits. Je pense que c’est davantage lié à ce circuit.

« Honnêtement, je voulais vraiment terminer le week-end. J’ai décroché deux top 5, ce qui est correct. Sur un très mauvais week-end – je pense que c’était le pire de la saison en termes de vitesse –, j’ai quand même réussi à prendre des points.

« Je travaille chaque jour pour progresser. Je suis toujours en tête du Championnat, donc il y a sûrement quelque chose que je fais bien ».

« C’était le fameux train dont je parlais hier »

Un départ en première ligne promettait beaucoup pour Alex Márquez (BK8 Gresini Racing MotoGP), mais après s’être retrouvé pris dans la mêlée du premier tour, le n°73 s’est retrouvé exactement dans le type de course qu’il avait prédit. Il est finalement parvenu à remonter jusqu’à la quatrième place, mais avec une adhérence limitée, se mêler à la lutte pour le podium était une marche trop haute.

Alex Márquez : « Oui, c’était un peu ennuyeux ! Il n’y a pas eu beaucoup de dépassements, à part dans le premier tour et puis quelques-uns plus tard. C’était comme un train – le fameux train dont je parlais hier –, donc c’était exactement le type de course auquel je m’attendais.

« Le départ et le premier tour n’ont pas été faciles. C’est le genre de situation que l’on peut beaucoup mieux analyser lorsqu’on est un peu plus loin derrière que lorsqu’on est vraiment, vraiment proche. Je n’ai pas réussi à trouver l’espace, et j’ai également fait une erreur à la sortie du virage 2 vers le virage 3. Je n’ai pas engagé la troisième vitesse, donc la moto n’accélérait pas correctement.

« Après ça, c’était comme ça. Plus tard, j’ai trouvé mon rythme et, petit à petit, j’ai dépassé deux pilotes et réussi à être régulier. Mais ce n’était pas suffisant pour trouver ce petit quelque chose en plus.

« J’ai énormément souffert avec l’avant, l’arrière et l’adhérence générale des deux pneus. Mais on peut être contents parce qu'on a maintenu le niveau que je montre depuis quelques courses. On n'est pas dans une mauvaise situation, mais c'est vrai qu'on n’a pas trouvé notre maximum ce week-end.

« Silverstone était presque l’inverse. Là-bas, on avait réussi à préserver un peu le pneu arrière et à le gérer, alors qu’ici c’était tout le contraire. Les autres Ducati géraient beaucoup mieux le pneu que moi. C’est étrange parce que c’était le même pneu, mais son comportement était complètement différent.

« Je pense que l’an dernier, le niveau d’adhérence général du circuit était un peu meilleur. Mon meilleur chrono est arrivé très tard dans la course, autour du 21e ou du 23e tour, donc l’adhérence s’améliorait petit à petit. Cette année, dès le début, je n’ai jamais vraiment ressenti cette adhérence.

« Parfois, on trouve immédiatement les sensations et l’adhérence, et parfois on souffre. C’était exactement la course à laquelle je m’attendais avant le départ ».

« Je n’ai aucune adhérence. Aucune. »

Francesco Bagnaia (Ducati Lenovo Team) n’avait pas grand-chose à retenir de ce week-end particulièrement difficile à MotorLand. Après avoir souffert du manque d’adhérence arrière tout au long du week-end, la course du dimanche du pilote Ducati Lenovo Team s’est terminée prématurément lorsqu’une glisse de l’arrière l’a finalement envoyé au tapis, laissant le n°63 à la recherche de réponses après un nouveau Grand Prix compliqué.

Francesco Bagnaia : « J’ai perdu l’arrière, puis j’ai perdu l’avant. C’est aussi simple que ça.

« Le manque d’adhérence arrière est trop important, parce que la réalité, c’est que je n’ai aucune adhérence. Aucune. Après cinq tours, je suis passé sur la cartographie avec moins de puissance parce que le pneu arrière était déjà complètement détruit – et ce, sans attaquer, sans rien faire.

« J’avais énormément de mal et la moto bougeait beaucoup. J’ai perdu l’arrière et, lorsqu’il est revenu, j’ai perdu l’avant.

« Les sensations n’étaient pas si mauvaises jusqu’au Sachsenring. Tout fonctionnait de manière régulière. J’avais quelques difficultés, mais les résultats étaient plus encourageants.

« Depuis Silverstone, cependant, quelque chose s’est produit parce que je n’ai absolument aucune adhérence. Je ne sais pas ce que cela donnera lorsqu'on arrivera sur d’autres circuits où l’adhérence est faible. Je n’arrive pas à l’imaginer.

« Les réglages sont similaires. Hier matin, je me sentais un peu mieux et on a essayé de mettre davantage de poids sur l’arrière, mais cela a rendu les choses plus difficiles pendant la sprint. On est donc revenus plus ou moins à ce qu'on utilisait depuis le début de la saison.

« Ce matin, lors du Warm Up, c’était une catastrophe pour de nombreuses raisons, mais en course, c’était pratiquement terminé après cinq tours ».

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